Numérique et enjeux de société par Gilles Babinet

March 3rd, 2017

De la responsabilité sociétale des VTC

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Les acteurs du VTC ont tant révolutionné les usages depuis leur arrivée en France en 2013, que l’on parle désormais « d’Ubérisation ». Des acteurs qui, repensant totalement l’expérience du consommateur, jouant généralement habilement avec les contraintes de régulation, parviennent à déstabiliser largement un secteur économique, celui des taxis, qui se pensait inamovible. Mais au delà de cette catégorie d’acteurs, emblématiques de la désintermédiation de la nouvelle économie, cette offre de mobilité urbaine a eu un impact plus inattendu : le secteur du VTC serait devenu un tremplin pour une génération issue des banlieues, oubliée de la République. Près de la moitié des chauffeurs était au chômage ou en situation de précarité avant de débuter dans ce nouveau métier. La véritable révolution liée au développement du VTC en France serait la mobilité sociale qu’elle engendrerait.

Or, cette caractéristique semble largement absente de la réflexion des élus au moment où ils se positionnent sur le projet de loi Grandguillaume qui ambitionne de réguler le secteur. AInsi, dans le monde idéal imaginé par les théoriciens du Ministère des Transports, tous les chauffeurs de VTC seraient des indépendants, mettant fin au statut des « Loti », aménagé pour permettre un statut de chauffeur salarié. Pourtant, l’une des raisons du succès social de ce marché, c’est sa capacité à donner sa chance, sans engagement financier, sans complexité administrative, ni qualification disproportionnée. L’Etat devrait réserver cette source d’emplois non-subventionnés à ces publics éloignés plutôt que mettre des barrières de plus en plus difficiles à franchir sur celui-ci. L’on est ainsi étonné d’apprendre que les questions posées lors de l’examen d’admissions des candidats à la profession de chauffeurs de VTC  comprennent des énigmes de type « Que permet de calculer la formule du binôme ? », ou encore « Que désigne l’époque victorienne ? » qui n’ont rien à voir avec les compétences effectivement requises pour exercer ce métier. Plutôt que de protéger une rente tout en organisant l’exclusion sociale de chauffeurs motivés qui retrouvent un rythme, un statut et une confiance en eux à travers ce nouveau métier, le Gouvernement devrait s’attacher à maintenir une voie d’accès simplifiée à la profession de VTC pour ces chauffeurs.

A travers le VTC, l’économie collaborative confirme qu’elle est aussi l’économie de la 2ème chance. L’écosystème VTC doit prendre conscience de sa responsabilité sociétale dans l’accompagnement de ces profils. Je leur propose de s’organiser en vue de créer un bureau d’accompagnement des chauffeurs leur permettant de faire fructifier leur expérience vers d’autres univers professionnels. Le VTC deviendrait ainsi un exemple de cette « flexi-sécurité » que j’appelle régulièrement de mes vœux : un statut qui offre de nouvelles opportunités professionnelles tout en assurant un avenir pérenne au-delà même du métier de chauffeur de VTC.

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