Numérique et enjeux de société par Gilles Babinet

April 9th, 2015

Innovation de Rupture, doctrine militaire et Cyberdéfense

Article

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“Dans le contexte de la cyberattaque de TV5, un petit copier-coller rapide, extrait de “l’Ere Numérique, un nouvel âge de l’humanité”.

Un très bon indicateur de la capacité d’une nation à mettre en oeuvre les modèles d’innovation de rupture concerne la doctrine militaire. Par tradition, l’innovation militaire est incrémentale, et les ruptures technologiques n’apparaissent souvent qu’après des défaites importantes, qui ont montrées la suprématie d’un nouveau système d’arme[1]. A cet égard, la situation de la France est inquiétante. Un ancien pilote de Mirage 2000 (que je ne peux ouvertement ici citer) me l’avait confié :

« Le Rafale est une relique de la stratégie militaire des années soixante-dix : son fait de guerre principal est d’être allé démolir des colonnes de pickups en Lybie et au Mali, ce que ferait très bien un avion d’un niveau technologique des années soixante; il en est de même pour le char Leclerc, dont les spécifications sont issues de la guerre froide. Ce que nos militaires ne parviennent pas à a comprendre, c’est que la menace a changé de nature, ce n’est plus les Russes aujourd’hui, ce sont avant tout des agressions non formalisées et des actions de guerrilla qui nécessitent beaucoup de renseignement ainsi que des moyens d’intervention robotisés»

Il est en effet étonnant d’observer que les pays qui ont fait leur les principes d’innovation de rupture, Israël, les USA et dans une certaine mesure, le Royaume-Uni ont profondément revu leurs doctrines militaires et leurs systèmes d’armes. Ces trois pays, pour ne citer qu’eux, ont massivement investi dans les drones (à octobre 2013, il y avait 450 appareils au moins aux USA contre moins d’une dizaine en France) et les moyens de surveillance et d’offensive numérique –dont on le sait les actions peuvent être plus que contestables- Le Virus Stuxnet qui a permis de détruire les centrifugeuses Iraniennes, permettant d’enrichir l’uranium, était probablement d’origine américaine ou Israélienne. Ce dernier pays ayant d’ailleurs été capable d’anéantir électroniquement les systèmes de défense sol-air de l’armée Syrienne avant une attaque sur un site destiné à des productions d’armes nucléaire, une prouesse que peu de pays ne sont probablement capable, tant elle requiert un nouveau type d’expertise. Il est difficile d’être affirmatif sur ces actions où par essence, les protagonistes excellent dans le secret, mais il est probable qu’elles ont impliqué des expertises très variées, parfois issues de l’extérieur des services en charge.

[1] Au sujet des ruptures technologiques dans l’Armée française, lire l’excellent ouvrage de Pierre Servent « Le Complexe de l’Autruche »

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