Numérique et enjeux de société par Gilles Babinet

June 15th, 2016

L’avenir de l’innovation est en Afrique

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Le développement du numérique en Afrique est devenu ces dernières années un sujet mondialement partagé parce qu’il n’éclaire pas que le seul avenir du continent: il amène à repenser la transformation numérique du monde.

La double explosion, démographique (d’ici 2050, 1/3 de la population mondiale vivra en Afrique) et numérique (on calcule que la contribution du numérique au PIB annuel africain rattrapera celui de Taïwan ou de la Suède en 2025), appelle à un regard lucide sur les besoins et les usages (présents et futurs) sur le continent. Surtout, ces key facts appellent à repenser nos modèles de développement à partir d’une approche locale, concrète et durable de l’innovation et de la science en Afrique.

On peut dès lors s’attendre à ce que l’essor du numérique – ses modes d’organisation décentralisés, ses économies d’échelle et ses communautés autogérées – libère des formes d’innovations afro-optimistes.

Engendrée par des nécessités massives, davantage que par des sophistications industrielles, fabriquée majoritairement en dehors des laboratoires scientifiques traditionnels, l’innovation africaine est profondément « jugaad », pour reprendre le concept forgé par Navi Radjou*. Dans un monde numérique dominé par les GAFAM et dans une région où les institutions politiques, juridiques ou économiques sont souvent instables, elle se développe à grande échelle et rapidement, laissant poindre un modèle propre et diversifié.

Car d’une part, il n’existe pas « une » Afrique : du Nord au Sud, d’Est en Ouest, la diversité continentale oblige à penser des logiques différenciées de ce « saut numérique ». D’autre part, l’Afrique n’a pas, ou peu, de vieux modèles industriels stabilisés que l’économie, les usages ou les dispositifs technologiques viendraient « hacker ». Tout y est l’objet d’une invention permanente et nécessaire.  De ce point de vue, l’« uberisation » ne représente pas un risque aussi grand et violent qu’au Nord. On peut dès lors s’attendre à ce que l’essor du numérique – ses modes d’organisation décentralisés, ses économies d’échelle et ses communautés autogérées – libère des formes d’innovations afro-optimistes.

Le continent africain est bel et bien le laboratoire du monde de demain. 

Ensuite, le développement de ce sujet en Afrique incite à penser autrement la transformation numérique du monde. Les multiples situations d’urgence – sanitaires, agricoles, écologiques, politiques, économiques etc. – qui traversent le continent depuis plusieurs décennies ne sont-elles pas des occasions concrètes pour appréhender la complexité du monde qui vient? Le continent africain est bel et bien le laboratoire du monde de demain. Il nous incite à repenser les innovations d’usage et de rupture tout comme les modèles traditionnels de production scientifique. Citons les monnaies mobiles (M-Pesa) et leurs services associés (M-Kopa pour le paiement de l’électricité solaire), les énergies renouvelables (la municipalité de Kampala vient de passer un appel d’offre pour passer sa consommation énergétique à 0% d’émission de gaz de carbone) et les services ouverts et collaboratifs pour le ramassage des déchets (ArClean), des outils médicaux d’accès au diagnostic et aux soins (CardioPad), des applications de contrôle des prix agricoles (M-Farm), des réseaux sociaux vernaculaires (Mxit)… Les solutions imaginées et conçues par des individus, entrepreneurs, étudiants, chercheurs, scientifiques ou artistes doivent inspirer durablement le reste du globe.

S’il faut globaliser l’innovation africaine, il s’agit aussi d’africaniser l’innovation globale pour insuffler une vision du numérique davantage inclusive, durable, créative et utile. 

Ces énergies entrepreneuriales et créativités scientifiques, portées par le boost des économies africaines doivent être soutenues, valorisées, accompagnées pour participer à l’invention – voire au réenchantement – du monde de demain. S’il faut globaliser l’innovation africaine, il s’agit aussi d’africaniser l’innovation globale pour insuffler une vision du numérique davantage inclusive, durable, créative et utile. C’est pour toutes ces raisons que nous lançons Africa 4 Tech, un bootcamp d’open innovation de 72 heures, qui a pour but de concevoir des solutions innovantes pour l’Afrique dans les secteurs de la Santé, de l’Education, de la Nourriture et de l’Agriculture & sa transformation industrielle, et de l’Energie. Notre initiative a déjà le soutien d’innovateurs et innovatrices africains et internationaux : on n’attend plus que vous!

La première édition de Africa 4 Tech se tiendra au Maroc en novembre 2016. Le site web est en ligne ici !

Article co-écrit avec Stephan-Eloise Gras co-fondatrice et CEO de Africa 4 Tech 

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*par ailleurs membre du comité stratégique d’Africa 4 Tech.

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