Numérique et enjeux de société par Gilles Babinet

January 5th, 2018

L’intelligence artificielle – en marche vers la conscience?

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L’un des débats que l’on retrouve avec le plus de constance aussi bien dans la presse populaire que dans les publications scientifiques concerne l’idée que les machines puissent égaler l’homme sur de nombreux plans certes, mais également sur leurs capacités à disposer d’un libre arbitre apparent. Cette idée nous fascine et nous effraie tout à la fois car, par effet miroir, elle relativise la singularité humaine en nous comparant à des appareils dénués d’autonomie et faits de silicium.

Or, cette perception collective n’est pas si nouvelle qu’elle en a l’air, elle découle d’une tendance en science qui a été initiée au travers du réductionisme et du déductionisme, que Spinosa et Auguste Comte, pour ne citer qu’eux, ont participé à structurer.

L’émergence des machines pensantes (ou semblant se comporter comme telles) ne parait donc être que l’aboutissement d’un fait en apparence inéluctable : la déconstruction de la sacralité attachée à l’humanité ; le grand H n’étant désormais plus nécessaire.

Au travers du XXème siècle, nombreux sont les éléments qui ont renforcés cette idée : l’émergence de la psychanalyse -qui a classifié les attributs de la transcendance, comme les rêves, au sein du subconscient ; les meurtres de masses qui ont consacrés la « banalité du mal » et ont plus que relativisés l’existence d’une “humanité de la lumière” qui s’opposerait à l’obscurantisme ; ou encore le consumérisme, transcendance moderne, pour ne citer que ces notions récentes.

Enfin, la science, qu’elle soit dure ou humaine et telle que perçue par le profane, ne semble qu’avaliser et affermir l’idée de la déconstruction de l’humanité.

Il est tout à fait singulier pourtant de constater que la science, telle que le commun des mortels la perçoit, ressemble probablement plus de ce qu’elle était en début du siècle dernier que ce qu’elle effectivement est aujourd’hui. les phénomènes liés à la modélisation du chaos, à l’émergence des disciplines quantiques pour ne citer que ceux là, tirent plus vers “l’émerveillement” ou plus prosaïquement vers la complexification du monde, que le contraire. En conséquence, affirmer que le réductionnisme est une constante épistémologique est une affirmation aussi empirique qui celle qui consiste à affirmer l’existence de la réincarnation.

Ainsi, un axiome logique cohérent avec l’affirmation réductionniste consisterait à affirmer que la conscience humaine, si elle n’était pas réductible, serait « merveilleuse », non pas au sens où elle ferait appel à des notions religieuses ou spirituelles, mais plutôt du fait qu’elle induirait des principes scientifiques en rupture avec le réductionnisme et le déductionnisme. Or, rien ne dit que l’axiome “merveilleux” ne puisse pas un jour gagner la partie : à titre d’exemple, différents travaux envisagent que des informations exogènes s’inscrivent dans le biologique (Penrose, Freeman…) et l’influencent. Ces théories sont souvent résumées sous le terme de “quantum brain”, mais ces phénomènes sont également observés dans le végétal.  Certes, et jusqu’à ce que l’une ou l’autre des théories ne l’emporte de façon définitive, les luttes entre les courants scientifiques orthodoxes et ceux qui choisissent la mise en abime de modèles plus complexes n’en seront que plus fortes, mais l’idée qu’un modèle aussi simple que la pensée newtonnienne puisse régir le monde semble, au moins dans la communauté scientifique, largement s’éloigner de nous avec une vitesse croissante.

Il en va de même pour la modélisation cérébrale. Tout scientifique un tant soit peu crédible dans l’univers des neuro-sciences concède que la complexité cérébrale est telle qu’il est impossible d’envisager d’en reproduire les comportements induits.  Il est donc important de comprendre ces deux dynamiques : celles de la science qui ne fait plus du réductionnisme une clé exclusive pour comprendre l’univers et l’humanité d’une part et celle des neurosciences d’autre part, qui nous pousse à l’humilité par rapport à la transcription de cette complexité dans la machine.  Certes, on entend plus que souvent dans les médias des discours d’acteurs qui donnent une échéance, généralement assez brève, à l’émergence de la conscience -sans chercher d’ailleurs à la définir plus avant que la conscience de soi- des machines. Il faut alors essayer de comprendre d’où parlent-ils : s’agit-il d’essayiste en phase de promotion d’un nouvel ouvrage? De startupers en train de lever d’importants montants pour financer leur innovation en intelligence artificielle? Il est d’ailleurs regrettable que l’on ne pense que rarement à opposer à certains d’entre eux leurs déclarations passées, tant celles-ci étaient généralement farfelues et de nature à les décrédibiliser… Je n’en citerai ici qu’une et qui ne vise pas un individu en particulier mais une entreprise connue qui, en 2012, annonça qu’elle commercialiserait dès 2016 des véhicules totalement autonomes… Je vous laisse le soin de trouver laquelle.

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