Numérique et enjeux de société par Gilles Babinet

November 16th, 2013

Notions particulières aux sociétés innovantes

Article

Discours prononcé lors de l’évènement “le progrès c’est nous, organisé par Fondapol, le 15 nov 2013.

La question préalable qui vient à l’esprit est évidemment “comment caractériser les sociétés innovantes?”. Le classement le plus commun, qui consiste à valoriser la part de PIB consacrée à la R&D, ne tient absolument pas compte des innovations de service. A ce titre, Ebay ou en France Blablacar, n’y trouvent aucune place malgré les ruptures évidentes qu’ils procurent sur leurs segments respectifs. On préférera donc la notion de gains de productivité, qui reflète mieux la conséquence d’une innovation, qu’elle soit technologique ou de service. Et à ce titre, il est manifeste que certains pays, à commencer par les Etats-Unis, bénéficient de gains de productivité particulièrement élevés lors d’un nouveau cylce économique commencé en 2006 (i) . Or ce sont également les Etats-Unis qui disposent du plus grand nombre d’entreprises caractérisant cette nouvelle forme d’innovation.

Si l’on regarde au travers de l’histoire récente l’évolution de la France à l’égard de l’innovation, on ne pourra manquer de remarquer une période particulière s’étendant de 1880 à 1914 environ. C’est au cours de ces trente années que la France organisera deux expositions universelles. Celle de 1900 aura drainé pas moins de 51 millions de visiteurs, pour un pays qui comptait alors 40 millions d’habitants ! Il ne fait alors guère de doute que la France était l’un des pays les plus innovants de la planète, avec des contributions majeures dans les domaines de la photographie, du cinéma, de l’électricité, de l’aviation, etc.

Au cours de la période qui suivit, caractérisant la seconde révolution industrielle, il fut plus question de développement de grandes unités industrielles que d’innovation de rupture à proprement parler. Il s’agissait d’améliorer les inventions découvertes plutôt que d’en trouver de nouvelles. Cette ère nécessitait plutôt une organisation centralisée, colbertiste et verticalisée, pour laquelle l’organisation de l’Etat français était particulièrement appropriée. Tout cela fonctionnera à merveille jusqu’aux crises pétrolières des années soixante dix .

Notre époque contemporaine est en de nombreux points très proche des modèles de ceux de la première révolution industrielle. Ce sont à nouveau les inventeurs, les bricoleurs, qui tiennent le haut du pavé. L’innovation, qui avait été incrémentale tout au long du XXème siècle, redevient de rupture. Ce sont des gens comme Elon Musk, l’inventeur de paypal, qui envoient les lanceurs spatiaux du futur, qui fabriquent les véhicules électriques les plus innovants et qui sont à la tête des plus grandes entreprises d’énergie solaire des états unis. Ce sont leurs capacités à incarner des modèles de rupture qui leur permettent de prospérer. Quelles sont les caractéristiques qui permettent à ces sociétés humaines d’émerger? A bien des égards, les Etats-Unis ne sont pas un pays exemplaire, pourtant, en ce qui concerne le monde de l’innovation, tel qu’il pourrait être caractérisé dans l’ère qui commence, leur modèle ne peut pas ne pas interpeler. On passera sur l’accès au capital, la présence d’une main d’oeuvre bien formée et les innovations impulsées par la puissance publique ; notions nécessaires mais pas nécessairement aussi déterminantes à notre sens que trois autres notions.

La première est la capacité à aborder l’échec : Thomas Edison avait coutume de dire, lorsqu’on lui demandait de raconter son invention de l’ampoule électrique, “j’ai fait 10,000 prototypes ; ce n’était pas des échecs. J’ai simplement trouvé 10,000 manières de faire une ampoule qui ne marchaient pas”, résumant en soit l’idée que l’échec est une notion intrinsèquement liée à la réussite.

La seconde est l’empathie, le travail en groupe et la collaboration : ces notions sont essentielles dans un ère où le bricolage innovant implique la collaboration avec des spécialistes de connaissances très variés. On imagine sans difficulté le nombre d’experts qu’il est nécessaire de faire collaborer pour faire un lanceur spatial ; dans le cas de Facebook, il ne faut jamais oublier que Mark Zuckerberg n’était pas un programmeur, mais bien un psychologue de formation. C’est cette compétence qu’il reconnait avoir le plus utilisé pour la confronter avec les visions de designers, de programmeurs, de statisticiens, qui tous ensemble disposaient de l’expertise collective ayant aboutie à Facebook.

Ces deux premières notions interpellent directement le fonctionnement de notre Education Nationale. Dans un pays où les études évoquent le fait que 3 enfants sur quatre disent aller à l’école avec au moins une fois par semaine avec la boule au ventre, on imagine aisément que ce n’est pas la confiance en soit et l’empathie qui sont les notions les plus communes. Il faut à ce titre rappeler que les finlandais, qui sont 2ème dans PISA (le score évaluant les systèmes éducatifs de l’OCDE)  insistent particulièrement sur ces notions de collaboration et d’empathie ; au point de les privilégier, au détriment de la lecture et du calcul, au cours du CP. Et si le système éducatif américain est plus que perfectible, on ne contestera pas qu’il apprend à minima aux enfants à avoir confiance en eux et à développer leurs capacités créatives.

La troisième notion, c’est l’émergence d’une société civile qui peut prendre de vraies initiatives. Or, en France, l’existence de 630,000 élus pour 65 millions d’habitants, la société civile est considéré comme une force de mineurs perpétuels.  Son expression est strictement cantonnée et dans la mesure du possible institutionnalisée par autant d’entités administratives que nécessaires. Le pouvoir lui-même est clairement néo-monarchique, tant la croyance dans les hommes providentiels reste forte. Pourtant, à l’ère où le potentiel d’expression et d’action des citoyens, grâce à internet, ne cesse de croitre, il importe de se poser la question du moyen de passer d’un mode de démocratie représentative à celui d’une démocratie participative.

L’Echec et donc la prise de risque ; l’empathie et la collaboration  ; l’émergence d’institutions moderne. Voici trois idées qui permettraient certainement de changer la donne dans notre pays en matière d’innovation et de projection dans Demain. 

(i) http://en.wikipedia.org/wiki/Income_inequality_in_the_United_States


Le progrès c'est nous: Gilles BABINET par fondapol

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