Numérique et enjeux de société par Gilles Babinet

December 27th, 2018

Stealing Fire

C'est Passionnant

51YTpnFshDLL’un des aspects les plus fascinants de la Silicon Valley se situe dans cette forme de contre-culture qui pousse à l’audace, à l’aventurisme et au franchissement de ligne jaune. Il n’est pas audacieux de croire que Kerouac comme Elon Musk se sont sentis l’un et l’autre mû par cette force pour chacun se lancer dans leurs aventures, aussi diamétralement opposées qu’elles puissent l’une de l’autre être.

Stealing Fire est un livre d’aventure, qui évoque l’une des nouvelles frontières qu’affronte désormais la technologie : la quête de soi et notre capacité à susciter des états de conscience extraordinaires, certes avec l’utilisation de technologies et surtout avec la ferme conviction qu’aucun tabou ne saurait être retourné.

Le livre est tout à fait fascinant, autant par ce qu’il nous apprend directement sur le sujet, le résumé accessible de l’avant-garde de ce que nous savons de notre fonctionnement cérébral, de la génétique, des substances psychédéliques comme le LSD ou le MDMA, etc. que parce qu’il montre de la culture de la Silicon Valley et plus largement de la culture américaine. Imagine-t-on en France que des gradés américains de l’Etat-major de l’OTAN  puissent se retrouver des jours durant à Burning Man, version XXIème siècle de Woodstock pour y réfléchir au futur de leur stratégie militaire? C’est cette audace là qui est fascinante dans ce livre ; une capacité candide à tout envisager comme possible, qui nous rappelle combien notre peur de l’échec est ici en Europe, d’une puissance capacité paralysante, qu’il s’agisse d’entreprendre ou de réformer nos institutions.

Parfois, la foi technophilique de l’auteur agace un peu tant les certitudes à l’égard de ce que la science ne qualifie souvent que d’hypothèses (ainsi du rôle essentiel du lobe préfrontal dans la régulation des raisonnements complexes par exemple) sont maniées avec une absence de précaution que l’on pourrait critiquer. Où de sous-entendre que les rituels des civilisations amérindiennes n’étaient qu’une large part de superstition emballant une pratique à isoler pour mieux la recycler. On retrouve d’ailleurs là les biais d’un auteur comme Yuval Harari, à un tel point qu’on y voit clairement une forme de lien tribal, les deux étant parmi les auteurs les plus adulés dans la Silicon Valley.

Comme souvent donc, il y a une forme d’aspect très religieux dans ce type d’ouvrage qui, si l’on accepte de ne pas y prêter attention, laisse apparaitre un ouvrage de qualité, plutôt bien documenté et qui n’a que peu à voir avec ce que l’on pourrait lire sur ce sujet de ce coté de l’Atlantique.

Mais finalement le plus gros reproche que l’on pourrait faire à ce livre, c’est de marginaliser les processus de transe et de transcendance qui existent aussi bien dans la tradition spirituelle occidentale que dans les traditions animistes, particulièrement celles issus de la culture chamanique. Si l’auteur évoque cette dernière à plusieurs reprises, j’ai généralement en des termes peu favorables, comme si la science reductioniste avait enfin eu le dessus sur ces superstitions. On inviterait bien l’auteur à lire des ouvrages comme “le serpent cosmique” de jérémie Gordin.

 

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