Numérique et enjeux de société par Gilles Babinet

February 13th, 2015

Trois raisons d’y croire

Article

Publication initiale sur le site internet des Echos le 20 janvier 2015.

 

L’image de notre pays à l’étranger est en train de changer. La montée en puissance de nos start-up y est pour beaucoup.

 

Certes, les temps ne portent pas à l’insouciance ; le chômage est historiquement haut, le moral des Français est historiquement bas et ce ne sont pas les 0,7 % de croissance dont on nous crédite pour 2015 qui vont changer quoi que ce soit à cette situation.

Je suis bien placé pour savoir combien l’image de la France à l’étranger est dépréciée : pays irréformable, Etat omniprésent, taxes écrasantes, lois sociales ubuesques, pour n’évoquer que quelques-uns des mantras que je ne cessais d’entendre à chaque fois que je me déplaçais dans un pays européen. Je n’ai pas le souvenir d’une réunion, d’un déjeuner ou d’un dîner où l’on m’ait épargné ces commentaires, parfois très acides, à l’égard de notre pays et de sa gouvernance, tout au moins jusqu’à peu.

Pourquoi mettre tout ceci au passé ? La situation aurait-elle d’une façon ou d’une autre changé ?

En réalité, trois faits, tous trois finalement peu connus de l’homme de la rue, ont brutalement changé l’image de notre pays à l’étranger.

Le premier d’entre eux, c’est la FrenchTech, une initiative qui vise à soutenir l’émergence de « clusters » numériques locaux, dans les villes qui auront montré leur volontarisme pour créer des incubateurs, des écoles numériques, des Fab Labs et, d’une façon générale, celles qui veulent faire émerger un écosystème numérique dans leurs territoires. Cette initiative d’Etat, fédérée autour d’une marque unique, a eu un retentissement significatif en dehors de nos frontières. Elle est au moins aussi visible que Tech City, l’autre grand projet de cluster numérique européen, basé à Londres. Une communication simple, un logo humoristique, une appropriation par les villes, un soutien populaire ont été les ingrédients d’une recette réussie.

Le deuxième, c’est Xavier Niel : l’Ecole 42, qui vise à former des développeurs informateurs – des codeurs – de classe internationale, au travers d’une approche révolutionnaire, a connu un retentissement extraordinaire. 42 se résume ainsi : pas de professeurs, pas de diplôme requis à l’entrée, pas de diplôme remis à la sortie, pas de cours magistraux… et, au bout d’un an et demi, des élèves qui, partis en stage dans les entreprises, provoquent un tel choc qu’une proportion importante d’entre eux ont reçu des propositions d’embauche tandis que l’autre faisait l’objet de sollicitation auprès de la direction pour continuer leurs stages. Si l’on ajoute que Xavier Niel est à l’initiative de la Halle Freyssinet – un incubateur en construction qui vise à accueillir dès 2017 1.000 start-up, devenant de fait le plus grand au monde –, qu’il a cherché à racheter l’un des plus important opérateur de télécoms au monde (T-Mobile aux USA) à la stupéfaction de la communauté financière internationale, on comprend mieux pourquoi, à lui seul, il parvient à faire évoluer la perception que certains ont de notre pays.

Le troisième fait, ce sont tout simplement nos start-up. Il est encore trop tôt pour le dire, mais il ne fait pas de doute que le passage remarqué des 120 start-up françaises, en majorité dans le domaine de l’Internet des objets, à Las Vegas en a étonné plus d’un. Les nombreux prix qu’elles ont reçus démontrent qu’il s’agit plus que d’une simple présence. Le potentiel économique de celle-ci est avéré, et en rêvant un peu, il n’y a aucune raison de ne pas inscrire l’une d’entre elles au sein du CAC 40 d’ici une ou deux décennies.

Ainsi, les articles qu’ont récemment consacrés des journaux, dont certains peu connus pour leurs sympathies à l’égard de l’innovation et de l’entrepreneuriat français, comme le « Wall Street Journal », « Wired », « The Economist » et d’autres encore sont étonnement positifs sur ce qui se passe en notre pays. A ne pas s’y tromper, il est en train de se passer quelque chose. Aujourd’hui, quiconque se retrouve, comme cela m’arrive presque chaque semaine, dans un pays étranger pour y parler économie ou numérique, ne peut qu’immédiatement observer ce changement : passé les présentations, il ne s’agit plus des traditionnelles critiques sur notre pays irréformable, mais bien de salves de questions sur le développement de notre écosystème numérique.

En ces temps où on peut légitiment douter de tout, il faut faire savoir cela. L’énergie qui a permis à ce pays de rebondir de si nombreuses fois est toujours là.

 


 

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